«Léman Bleu» remporte le Prix Transparence Regio
Des fonctionnaires œuvrant en coulisse pour la campagne personnelle de leur cheffe? Jérémy Seydoux a mené l’enquête.
Par Martin Stoll. Jérémy Seydoux remporte le Prix Transparence Regio 2023. Le journaliste de «Léman Bleu» a voulu savoir si l’ancienne conseillère d’Etat genevoise Fabienne Fischer avait usé de l’argent public pour sa campagne électorale.
En 2023, les médias suisses ont réalisé un nombre record d’articles et émissions basés sur des documents de l’administration, thématisant par exemple les conditions de travail préférentielles de Google à Zurich ou les cas graves d’abus au sein d’une institution de soins. Le titre de meilleur récit régional sur la transparence a été décerné par un jury d’experts à une enquête de «Léman Bleu» sur des soupçons d’abus lors de la campagne électorale de la conseillère d’Etat Fabienne Fischer.
Les soupçons ont été émis par un élu genevois, le MCG Daniel Sormanni, qui a activé la loi cantonale sur l’information et obtenu de nombreux documents et courriels de l’administration. L’analyse journalistique de Jérémy Seydoux a mis en évidence une activité de communication offensive de deux membres du personnel de la conseillère d’Etat. Cette activité semble dépasser leur carnet de tâches et servait davantage les intérêts personnels de leur cheffe plutôt que le département.
Services médias utilisés à des fins de propagande
«L’enquête de Jérémy Seydoux illustre ce que nous observons avec de plus en plus de préoccupation à tous les niveaux de l’Etat. Au lieu d’informer le public, les services de presse de l’administration sont de plus en plus utilisés à des fins de propagande», déclare Anna Wanner, membre du jury d’experts.
Avec le Prix Transparence Regio, l’association Loitransparence.ch récompense des enquêtes remarquables menées au niveau régional et local au moyen d’une loi cantonale sur la transparence. Ce prix est décerné pour la deuxième fois cette année.
Série d’articles sur les sanctions contre la Chine
Le Prix Transparence au niveau national revient cette année au journaliste de la «NZZ am Sonntag» Simon Marti. Il a publié une série d’articles sur la politique de sanctions de la Confédération envers la Chine. Dès le printemps 2021, le Conseil fédéral tergiverse s’il doit soutenir les sanctions de l’UE contre la Chine suite à la violation les droits humains à l’encontre des Ouïghours. Le gouvernement a mandaté des spécialistes pour l’analyse des aspects juridiques ainsi que des chances et risques d’une telle décision.
Le journaliste Simon Marti a rendu transparente la timide politique de sanctions du gouvernement.
Après plusieurs délibérations, le Conseil fédéral a refusé de prendre des mesures contre des fonctionnaires ou des entreprises chinoises. Une décision en contradiction avec la stratégie officielle de la Confédération à l’égard de la Chine, qui accorde une grande importance aux droits humains. Le Conseil fédéral n’a pas communiqué publiquement sa décision dans ce dossier délicat, craignant probablement qu’une telle annonce ne fasse des vagues et suscite des critiques. Souhaitant percer le mystère autour de ces tractations à huis clos, le journaliste Simon Marti a demandé à avoir accès à des documents officiels, pour lesquels il a dû se battre dans le cadre d’une procédure de conciliation.
Les lauréates et lauréats du Prix Transparence
Loitransparence.ch remet le Prix Transparence pour la sixième fois. Il récompense les journalistes qui ont utilisé une loi sur la transparence de manière exemplaire.
Une trophée fait de grès et de verre par l’artiste bernois Daniel Stettler a été remis cette année à la rédaction de la «NZZ am Sonntag» pour une enquête sur la politique de sanctions de la Suisse à l’encontre de la Chine.
- En 2022, le journaliste Yves Demuth («Beobachter») a été récompensé pour son enquête sur les jeunes femmes yéniches internées.
- En 2021, la journaliste Adrienne Fichter («Republik») a reconstruit à l’aide de documents officiels la genèse du projet de l’identité électronique, à la base un projet public qui a fini en mains privées et échoué dans les urnes.
- En 2020, les journalistes Jan Jirát, Kaspar Surber et Lorenz Naegeli («WOZ – Die Wochenzeitung») ont remporté le Prix Transparence. Ils se sont battus pendant cinq ans pour obtenir les données sur le commerce d’armes en Suisse.
- En 2019 ont été récompensées Nina Blaser et Anielle Peterhans («Rundschau»). Elles ont mis au jour les négociations douteuses autour d’un médicament anti-cancéreux.
- En 2018, c’est le journaliste Philippe Boeglin («La Liberté») qui a été distingué. Il a révélé les excès de l’armée en matière de notes de frais grâce à la loi sur la transparence.
Le Prix Transparence Regio est décerné depuis 2022 à des contributions journalistiques réalisées grâce aux lois cantonales sur la transparence.
Cette année, le journaliste Jérémy Seydoux de «Léman Bleu» a remporté le Prix pour son enquête sur la campagne électorale de la conseillère d’Etat genevoise Fabienne Fischer.
- En 2022, le journaliste de Suisse centrale Kilian Küttel («Zentralplus») a été distingué pour son enquête sur le départ inattendu du directeur de la sécurité du canton de Zoug, Beat Villiger.
Deals climatiques, renvois forcés et campagne PR
La deuxième place du Prix Transparence national revient à Alex Tiefenbacher et Luca Mondgenast du journal en ligne «Das Lamm». Les deux journalistes ont enquêté sur les échanges de droits d’émission en Suisse. À l’aide de la loi sur la transparence, ils ont dévoilé quelles sociétés profitaient des certificats non attribués.
La 3e place est attribuée à Anna Jikhareva et Kaspar Surber de la «WOZ». Ils ont mis au jour une campagne du DFJP contre l’initiative des multinationales responsables.
La troisième place a également été attribuée à une enquête sur l’accompagnement médical lacunaire lors de renvois de requérants d’asile. L’article a été publié par Philippe Boeglin dans «Le Temps», Xavier Lambiel dans «La Liberté» et Bayron Schwyn dans «Arcinfo».
Enquêtes locales sur la naturalisation et le mobbing
La deuxième place du Prix Transparence Regio est décerné à Fabian Duss et à Matthias Niederberger du «Freier Schweizer». Les deux journalistes ont demandé auprès de toutes les communes du canton de Schwytz des documents sur le processus de naturalisation. L’enquête révèle que les communes posent des questions absurdes aux candidats à la naturalisation – et que toutes communes ne sont pas transparentes.
La 3e place du Prix Transparence Regio revient à Patrick Gut et Delia Bachmann du quotidien «Der Landbote». Après plusieurs suicides au sein de la police municipale, les journalistes ont pu, invoquant la loi sur la transparence, consulter un rapport qui révèle une culture managériale très hiérarchique et des cas de mobbing. Le rapport fait état de différents dysfonctionnements, mais ne désigne aucun responsable.
Au total, Loitransparence.ch a examiné 114 contributions de 33 rédactions issues de la presse et de l’audiovisuel, toutes réalisées en 2023 à l’aide d’une loi sur la transparence – un record. Dix d’entre elles ont été nominées pour le Prix Transparence 2023, cinq pour le Prix Transparence Regio 2o23.


















