«Republik» gagne le Prix Transparence 2021

 Des informations cruciales avant une votation», selon la journaliste Adrienne Fichter. 

Par Martin Stoll. A l’aide de documents officiels, elle a reconstruit le changement de stratégie de la Confédération au sujet de l’identité électronique et mis au jour qui en tirait les ficelles. La journaliste Adrienne Fichter reçoit pour ce faire le Prix Transparence 2021.

Les journalistes suisses ont réalisé l’an dernier des recherches importantes grâce aux lois sur la transparence. Ils ont révélé les noms des clubs de sport qui ont reçu trop de crédits covid et le fait que la Confédération avait acquis un réseau mobile déficient pour des centaines de millions de francs. Un jury spécialisé a attribué le prix du meilleur récit sur la transparence 2021 à l’article de «Republik» sur l’identité électronique (e-ID).

En amont de la votation populaire sur l’e-ID, Adrienne Fichter a reconstitué pour le magazine en ligne «Republik» la genèse de ce projet controversé. L’administration fédérale et le gouvernement ont été critiqués parce qu’ils voulaient confier la tâche d’une carte d’identité électronique à des sociétés privées et non à l’Etat. Selon les recherches de «Republik», cette décision propre à la Suisse en matière de politique numérique a été prise après un travail de lobbying assidu  de groupes d’intérêts et d’entreprises. 

Une voie helvétique qui n’était pas gravée dans la pierre

Selon les recherches d’Adrienne Fichter, un jalon important a été posé par les services responsables du dossier (l’Office fédéral de la justice et l’Office fédéral de la police) lors d’une réunion commune en août 2014. Un projet de loi sur l’e-ID, qui prévoyait une solution purement étatique, a été classé. «Grâce aux documents, j’ai pu prouver que la voie particulière choisie par la Suisse, soit une e-ID en mains privées, n’était pas gravée dans le marbre dès le départ. Derrière tout cela, il y avait des années de lobbying des associations économiques», explique la journaliste.

Les lauréats et lauréates du Prix Transparence

Loitransparence.ch remet le Prix Transparence pour la quatrième fois. Il récompense les journalistes qui ont utilisé une loi sur la transparence de manière exemplaire.

Une trophée fait de grès et de verre par l’artiste bernois Daniel Stettler a été remis à la rédaction de «Republik» à Zurich.

L’administration a par ailleurs été intimidée par les scandales passés en matière d’acquisition de matériel informatique. «Les complexes d’infériorité l’ont emporté. La Confédération s’est laissée convaincre qu’elle ne pouvait pas le faire et qu’elle devait ainsi confier le projet à des privés» explique Adrienne Fichter. Selon elle, ces informations étaient importantes pour la population quelques semaines avant la votation. Dans les urnes, le projet a subi un échec cuisant.

L’Office fédéral de la justice a réagi aux trois demandes d’accès de la journaliste de «Republik» en l’espace de six semaines. Elle a reçu beaucoup de documents: procès-verbaux de réunions, présentations et notes de discussion. Si le matériel était volumineux, le procès-verbal d’une réunion décisive, au cours de laquelle le changement de stratégie a été décidé en 2014, ne lui a toutefois pas été transmis.

«Un article bien documenté, utile pour se forger une opinion»

Adrienne Fichter a amplement mérité ce prix, estime le membre du jury et rédacteur en chef du «Beobachter» Dominique Strebel: «Cet article met en lumière une boîte noire que l’on a rarement l’occasion de voir de l’intérieur.» C’est avec minutie et persévérance que la journaliste est parvenue à démontrer comment l’administration avait soudainement troqué sa solution étatique de départ pour une solution économique fournie par des privés. 

Si la population avait pu lire cet article bien documenté en amont de la votation, elle aurait pu se forger une opinion en conséquence sur cet objet. «Cet article montre de manière exemplaire ce que la loi sur la transparence permet de faire: elle peut changer la donne», affirme Dominique Strebel.

Matériel de guerre et glissement de terrain aux places 2 et 3

La deuxième place revient à l’enquête du journaliste de Tamedia Roland Gamp. Dans son article paru dans la «Sonntagszeitung», il a révélé de graves lacunes en matière de contrôle des exportations d’armes, s’appuyant sur des rapports internes. Les documents du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) montrent que les armes destinées à l’exportation disparaissent souvent dans la nature. On ne sait pas si ces armes ont été transmises de manière illégale.

La journaliste Stefanie Hablützel a été récompensée pour son article paru dans le magazine «Beobachter» sur l’éboulement de Bondo (GR). Elle obtient la troisième place. Les courriels que la journaliste a pu obtenir montrent que les autorités avaient été averties d’une possible catastrophe naturelle. La zone critique, où huit personnes ont perdu la vie, n’avait pas été bloquée malgré cela.

Loitransparence.ch a examiné au total 96 articles et émissions de radio et TV qui ont été réalisés en 2021 à l’aide d’une loi sur la transparence. Dix d’entre eux ont été nominés pour le Prix Transparence 2021.

 


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