Transparence exigée, avec persévérance

Christian Brönnimann (tout à droite) et les autres lauréats, Manuel Bühlmann, Oliver Wietlisbach, Andrea Jeska et Arnold Hottinger. (Photo Urs Jaudas)

Par Martin Stoll. A l’aide de la Loi sur la transparence, le journaliste bernois Christian Brönnimann a découvert l’affaire de corruption au sein du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Pour ses révélations, il a obtenu le Prix de journalisme de Zurich.

« Au téléphone, un porte-parole du département m’a demandé sur un ton passablement grossier si, au fond, je n’avais rien d’autre à faire qu’à donner du boulot à l’administration avec des questions aussi inutiles », se rappelle Christian Brönnimann. Il était alors au début de son enquête. Mais le journaliste ne s’est pas laissé intimider et s’est obstiné à réclamer ce à quoi il avait droit : la divulgation des adjudications de gré à gré par l’Administration fédérale.

Brönnimann a dû emprunter la voie judiciaire et attendre plus d’une année jusqu’à ce que s’ouvrent les meubles-classeurs de l’Administration. Lorsqu’il eut enfin en main les documents, un soupçon surgit : le Secrétariat d’Etat à l’économie avait attribué en sous-main étonnamment beaucoup de mandats pour un projet IT de l’assurance chômage. « Le Seco a résolument renoncé aux vérifications juridiques des adjudications. En plus, aucune de ces adjudications n’avait été rendue publique, contrairement à ce qui est prescrit », a alors écrit Brönnimann dans le « Bund » et le « Tages-Anzeiger ». Et du coup il est tombé sur un abus encore plus grand. Il a pu établir qu’un chef de section au Seco de longue date avait refilé, en douce et à des prix majorés, des mandats IT à des copains et que, en échange, il s’était procuré des avantages personnels, notamment un voyage en Allemagne à la Coupe du monde de football.

En l’absence des documents obtenus de haute lutte grâce à la Loi sur la transparence, ce cas de corruption – actuellement à l’examen du Ministère public fédéral – n’aurait jamais été découvert. « Il est rare que l’accès à l’information ait été pareillement semé d’obstacles pour un journaliste, mais rarement un journaliste aura, ces dernières années, pareillement facilité le travail du jury », a déclaré le membre du jury Hansi Voigt en décernant le fameux prix de journalisme.

Le travail d’investigation ainsi distingué montre aussi combien une loi sur la transparence efficace est essentielle. Quand l’Administration bétonne et tente de dissimuler les abus, les journalistes et le citoyens ont alors un moyen juridique et, grâce à lui, la possibilité de vérifier les déclarations lénifiantes et de percer le blocus de l’information.