Tout était en ordre, selon les experts de Swissmedic

Les experts de Swissmedic sont tenus de déclarer leurs liens d'intérêt: ils le font de façon sommaire.

 

Par Isabelle Ducret.  S’il est un point sur lesquels les Suisses sont très susceptibles, c’est bien la confiance dans les institutions. Il a fallu des semaines pour parvenir à vérifier les éventuels conflits d’intérêt entre les 40 médecins-experts de Swissmedic et les firmes pharmaceutiques.

Enquêter sur les conflits d’intérêt en Suisse, une gageure. En préparant ce Temps Présent sur la sécurité des médicaments, notre première impression se confirme bien vite : en toile de fond se trouve l’éternelle question de l’indépendance des experts de la santé face aux grandes firmes pharmaceutiques… un sacré lobby en Suisse.

Notre interlocuteur privilégié dans cette enquête est Swissmedic. L’agence du médicament suisse accorde les autorisations de mise sur le marché des médicaments sur la base des recommandations d’un groupe d’experts. Lors d’un entretien préparatoire et informel, nous abordons la problématique du risque de conflits d’intérêt. Cette thématique est-elle prise en considération? La réponse des représentants de l’institution est immédiate et cordiale : «Evidemment!» On nous explique longuement que des déclarations sont remplies régulièrement par les experts et que lors des discussions et votes autour d’un médicament, les spécialistes qui se trouveraient en conflit d’intérêt s’abstiennent de participer. Lorsque nous demandons à voir ces déclarations, l’atmosphère se tend. «Faites-nous confiance, tout est dans les règles», nous rétorque-t-on en substance. Une autre façon polie, mais catégorique, de refuser.

 Le 28 janvier 2011, nous envoyons au Service juridique de Swissmedic le formulaire de demande d’accès à ce document –les déclarations de liens d’intérêt des experts de Swissmedic-, au nom de la loi sur la transparence. La procédure s’engage immédiatement. Nous expliquons les délais en jeu qui, pour un Temps Présent, se compte heureusement en semaines. On fera tout le possible, nous assure-t-on.

 Pendant ce temps, l’enquête continue et par rapport à Swissmedic, nous ne faisons pas qu’attendre. Il faudra de nombreuses discussions pour convaincre certains de nos interlocuteurs –qui doivent être interviewés pour notre documentaire- que cette démarche n’implique pas une défiance à leur égard ni à l’égard de l’institution, mais qu’elle représente pour nous la nécessité de pouvoir prouver que «tout est en ordre» comme ils le disent avec fermeté. Petit à petit, le message passe. Au moment du tournage, nous ne connaissons toujours pas ni la réponse formelle de l’agence du médicament, ni le contenu des déclarations de conflit d’intérêt. Nos interviews sont donc un peu «générales», mais nous sommes prêts à tout recommencer, au cas où le document changerait la donne.

Du côté de la procédure en cours, Swissmedic est confronté à un problème: si l’agence accepte finalement de nous remettre ces déclarations de conflits d’intérêt, les experts lorsqu’ils les ont remplies ne s’imaginaient pas qu’elles pouvaient être rendues publiques. Swissmedic estime donc qu’il faut contacter un à un chaque intéressé et lui expliquer notre demande. Un gros travail qui prend bien sûr du temps: il y a 40 experts.

Mais ça marche! L’agence va obtenir toutes les autorisations et le document arrive sur notre bureau trois jours avant la fin de notre montage. Il révèle effectivement plusieurs proximités douteuses et des légèretés inadmissibles pour certains experts qui portent une responsabilité aussi importante que celle d’influer sur la commercialisation des médicaments en Suisse.


L’émission du 16 juin 2011



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