A l’arme lourde contre l’importune
Le porte-parole Jürg Jordi n’aime pas les questions obstinées.Par Martin Stoll. L’Office fédéral de l’agriculture (Ofag) refroidit l’ardeur d’une journaliste malcommode à l’aide de méthodes douteuses. En mésusant précisément de la Loi sur la transparence.
Journaliste libre en Suisse orientale, Eveline Dudda s’occupe – comme l’indique la devise de son entreprise – de «Journalisme au vert». L’Office fédéral de l’agriculture voit la chose tout autrement. Eveline Dudda et le porte-parole de l’Ofag Jürg Jordi débattent régulièrement, et avec véhémence, de la politique d’information restrictive de l’office. Pour les fonctionnaires agricoles, elle est un épouvantail. Jürg Jordi lui a fait savoir la semaine passée que ce qu’elle faisait « avait peu de rapport avec le journalisme mais beaucoup avec des chicaneries ». Du coup, il renonçait à répondre à ses questions : « Tu n’as qu’à les poser au Service juridique de l’Ofag », a-t-il écrit le 6 novembre par courriel à la journaliste obstinée. Ses questions journalistiques seraient dès lors traitées comme « des requêtes en vertu de la LTrans. Cela vaut aussi pour toutes les autres questions que tu adresserais aux employés de l’Ofag ».
De cette manière, pour répondre aux questions, les collaborateurs de l’Ofag peuvent légalement s’accorder 20 jours et, en plus, exiger un émolument. Conséquence : journaliste libre spécialisée dans l’agriculture, Eveline Dudda est fichue. Dans la « SonntagsZeitung », qui a consacré un papier à l’affaire, Jürg Jordi affirme que les questions de la journaliste avaient été seulement canalisées en raison du grand effort requis.
La journaliste agricole Eveline Dudda ne peut plus poser ses questions qu’au Service juridique.Le fait que les fonctionnaires de l’Ofag traitent Eveline Dudda comme un cas particulier a une raison simple : dans la presse agricole suisse, elle est une des rares à poser ses questions avec obstination. Et réclame toujours de pouvoir examiner des documents originaux, notamment le rapport comptable annuel de l’Interprofession du lait. L’Office, qui n’aime pas trop ouvrir ses dossiers, a réagi dans ce cas par des émoluments démesurés et des documents abondamment caviardés.
Ces derniers temps, l’Ofag a été semoncé plusieurs fois en raison de son application restrictive de la Loi sur la transparence. Entre autres parce qu’il avait exigé un émolument de 275’000 francs au « Beobachter » pour une liste des récipiendaires de paiements.
Le réseau d’enquêtes journalistiques investigativ.ch proteste par lettre adressée au porte-parole Jordi : « Quand un office fédéral tout entier refuse de traiter autrement que par la voie légale avec une journaliste encombrante, il empêche les médias d’accomplir leur travail. C’est inacceptable. »
Après qu’en Allemagne l’office fédéral de la presse eut transformé la question d’un professionnel des médias en une requête de renseignement en vertu de la loi allemande sur la liberté d’information, il a déclenché une vague de protestations. La fédération allemande des journalistes a exigé une loi sur l’information à la presse, car il ne devait plus être admissible que l’administration décide de son propre chef dans quel tiroir finissent les questions des journalistes.
Si l’Ofag maintient ses mesures particulières à l’encontre d’Eveline Dudda, il faudra ouvrir le débat dans notre pays aussi : les porte-parole de l’administration doivent-ils, oui ou non, être contraints par la loi à accomplir leur travail au service du public ?




















