Soutien à l’export: «Faites ce que je dis, pas ce que je fais»

La Suisse soutient la production d’électricité délétère pour le climat: une centrale à gaz en Pologne.

L’Assurance suisse contre les risques à l’exportation SERV refuse de transmettre des informations sur les projets ayant trait au climat. Son argument: le secret commercial. Dans son analyse, Peter Bosshard estime qu’il s’agit d’une tactique pour éviter des situations embarrassantes sur le plan politique et se soustraire à l’obligation d’informer le public.

Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) «soutient la mise en place de conditions-cadres économiques transparentes et d’institutions responsables dans ses pays partenaires», précise-t-il au sujet de la gouvernance économique. Or, il a lui-même fait l’objet de critiques répétées en raison de sa gestion du principe de transparence.

L’office a récemment refusé aux journalistes ainsi qu’au Préposé fédéral à la transparence (PFPDT) l’accès, prévu par la loi, aux documents sur les négociations douanières avec les États-Unis.

À propos de l’auteur
Peter Bosshard a dirigé pendant près de 40 ans des campagnes au sein d’organisations suisses et internationales de défense de l’environnement et des droits humains. Désormais à la retraite, il s’engage dans les comités d’Amnesty Suisse, Campax et Sunrise International. Il est l’auteur du blog Schweizer Klimawanderungen.

Ce manque de transparence concerne également les services fédéraux placés sous la surveillance du SECO, comme l’Assurance suisse contre les risques à l’exportation SERV. La SERV assure les contrats d’exportation et constitue le principal instrument de soutien aux exportations de la Confédération. Dans le cadre de ses activités, il n’est pas rare que des objectifs contradictoires surgissent entre les intérêts à l’exportation et les principes de la politique étrangère, des droits humains et de la politique climatique de la Suisse. Depuis 2023, la SERV a par exemple soutenu des contrats d’exportation pour dix centrales à gaz, alors que la Suisse venait d’annoncer qu’elle ne soutiendrait plus ce type de projets.

Parmi les projets soutenus par la SERV figurent des centrales situées dans des pays comme le Turkménistan et l’Arabie saoudite, qui bafouent les droits humains, ou encore le Sénégal et la Pologne, où l’électricité produite par des centrales solaires est d’ores et déjà moins chère que celle produite par des centrales à gaz.

Une politique climatique muette

Au sein du conseil d’administration de la SERV, les intérêts de la politique étrangère, des droits humains et de la politique climatique ne sont pas représentés. Il est donc d’autant plus important de pouvoir comprendre comment cet organisme gère des objectifs si contradictoires. En novembre 2025, j’ai donc demandé à la SERV une copie de l’étude climatique qu’elle avait réalisée pour la centrale électrique en Pologne, comme elle le fait pour tous les projets à fortes émissions.

Après de longues consultations et une procédure de conciliation avec le PFPDT, la SERV m’a remis en août 2026 l’étude climatique de la centrale ainsi que quelques autres documents sur le sujet. Tous ces documents ont cependant été caviardés par l’organe fédéral au point d’en être méconnaissables, soi-disant pour protéger des secrets d’affaires.

Bilan climatique totalement noirci

L’argumentation de la SERV ne résiste pas à un examen plus approfondi. Ainsi, l’organe fédéral a par exemple masqué les futures émissions CO₂ de la centrale polonaise, alors que l’exploitant de cette centrale devra publier ces émissions chaque année afin de se conformer aux règles de l’UE. Dans le même temps, la SERV a refusé de divulguer à une organisation environnementale les émissions CO₂ de la centrale à gaz qu’elle soutient en Arabie saoudite, alors même que ces émissions sont quantifiées dans l’étude d’impact environnemental du projet disponible sur le site de la SERV.

Les études climatiques visent à vérifier si les projets à fortes émissions respectent les critères climatiques de la SERV. Dans le cas de la centrale polonaise, la SERV a révélé que le projet répondait à l’un des critères, mais a masqué la comparaison avec les autres critères. Or, un autre document indique explicitement que la centrale à gaz ne répond pas aux critères climatiques de la SERV. Cela suggère que le secret entretenu par la SERV ne vise pas à protéger des secrets d’affaires légitimes, mais à éviter des situations délicates politiquement et à se soustraire à son obligation d’informer le grand public.

De la transparence plutôt que «deux poids, deux mesures»

Il n’est pas acceptable que le SECO et la SERV prêchent la transparence tout en agissant autrement. Dans une demande de médiation adressée au PFPDT, j’ai exigé l’accès à toutes les informations relatives au climat figurant dans l’étude climatique sur la centrale à gaz polonaise. Confiant, j’attends une décision du PFPDT qui permettra d’éclaircir la situation.