Asile: les autorités zurichoises ne livrent pas de données

Par Michelle Isler. L’enquête de Loitransparence.ch et de «Reflekt» qui a abouti à l’Atlas de l’asile révèle des données inédites sur la politique de l’asile en Suisse: quelles sont, depuis 1994, les communes qui accueillent des réfugiés? À Zurich, les autorités refusent depuis des années de fournir les quotas de requérants d’asile.

En 2025, la Suisse n’a jamais autant compté de personnes requérantes d’asile. Les cantons sont chargés de les attribuer à leurs communes selon un système de répartition qui varie d’un canton à l’autre. Néanmoins, les capacités d’hébergement cantonales atteignent souvent leurs limites.

Comme en 2023, à la suite de l’attaque russe en Ukraine qui a entraîné la fuite de milliers d’Ukrainiens, dont une partie est venue chercher refuge en Suisse. Il a ainsi fallu trouver dans l’urgence des logements supplémentaires. Dans le canton de Zurich, l’hébergement a causé de plus en plus de fil à retordre aux autorités. Chaque commune doit y accueillir un certain nombre de demandeurs d’asile, proportionnellement à sa population.

Qui prend en charge l’accueil des personnes réfugiées?

Le premier Atlas de l’asile montre les disparités communales de répartition des réfugiés depuis 1994. Certaines communes accueillent un grand nombre de demandeurs d’asile, tandis que d’autres n’en ont reçu aucun. 

Lors du prochain Café Transparence le 25 août 2026 à 11h30, Christian Zeier («Reflekt») et Malte Aeberli («Tages-Anzeiger») racontent comment l’Atlas de l’asile a vu le jour, basé sur les données de l’administration, et comment cette enquête d’envergure réunissant des rédactions régionales de douze cantons a été réalisée. Modération: Marguerite Meyer.

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Litige pour obtenir les chiffres de l’asile à Zurich

Au printemps 2023, le «Tages-Anzeiger» a souhaité dresser un état des lieux de la politique d’asile dans le canton de Zurich: «Nous voulions savoir quelles communes zurichoises respectaient les quotas et lesquelles pas», explique le journaliste Malte Aeberli. Fin connaisseur de l’asile à Zurich, il a participé aux recherches qui ont mené à l’Atlas de l’asile. Il a fait appel à la loi cantonale sur l’information pour obtenir une liste des quotas d’asile effectivement atteints par chaque commune du canton de Zurich entre janvier 2018 et avril 2023.

Le journaliste s’est heurté à une administration peu collaborative. En effet, le service social cantonal, rattaché à la Direction de la sécurité du conseiller d’État Mario Fehr, a rejeté la demande. Le «Tages-Anzeiger» a alors déposé un recours auprès du tribunal administratif qui a tranché en faveur d’une publication du document. La cour a par ailleurs mis les frais de justice, d’un montant d’environ 2600 francs, à la charge des autorités zurichoises. Les autorités zurichoises ont, à leur tour, fait recours contre cette décision. L’affaire est désormais entre les mains du Tribunal fédéral.

Méthodes différentes de calcul

Si l’Atlas de l’asile présente les quotas zurichois, c’est parce que le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) met ses données cantonales à disposition. Toutefois, les données zurichoises et celles du SEM ne coïncident pas: pour la Confédération, les personnes hébergées dans les centres d’asile fédéraux ne sont pas prises en compte dans le nombre de demandeurs d’asile par commune. Pour le canton de Zurich, en revanche, elles le sont – et ce, dès qu’un centre est en phase de planification et à pleine capacité.

Malte Aeberli explique: «Si un nouveau centre d’asile fédéral voit le jour dans la commune de Rümlang ces prochaines années, alors Rümlang a, selon la logique du canton, déjà aujourd’hui attribué 150 places d’hébergement». Même si les 150 places ne sont occupées que théoriquement, la commune remplit ainsi son obligation. Idem pour les centres de transit cantonaux. Une comparaison avec les données de l’Atlas de l’asile montre à quel point ce mode de calcul influence les quotas cantonaux.

La transparence, un risque pour la collaboration 

Les autorités zurichoises estiment que les données ne sont pas faites pour être rendues publiques. Elles s’opposent à une publication pour plusieurs raisons. L’administration argue qu’il s’agit de données qui fluctuent en permanence et donc incomplètes, elles n’ont été consolidées qu’en cas de besoin et constituent donc des outils de travail internes. De plus, une publication nuirait à la collaboration entre communes et canton. L’administration craint que cela crée une escalade entre communes si l’une ne venait pas à respecter le quota fixé à la date de référence. Ces arguments n’ont pas convaincu le tribunal administratif.

«Après la publication de l’Atlas de l’asile, la Direction de la sécurité n’a guère de raisons de maintenir son opposition à la transparence», selon Malte Aeberli. Le Tribunal fédéral doit encore livrer son verdict. La Direction de la sécurité a fait savoir, par l’intermédiaire de son service de presse, qu’elle ne commentait pas les procédures en cours.