La politique devrait plutôt s’intéresser aux «Legal Leaks»

L’ex-chef de la communication de l’OFSP Peter Lauener et son ministre Alain Berset. (Photo: Alessandro della Valle/Keystone)

COMMENTAIRE Lorsque des informations confidentielles sont rendues publiques de manière incontrôlée, le monde politique s’en remet volontiers au procureur. Or il vaudrait mieux renforcer la transparence de l’administration.

 

 

 

 

Ces dernières années, les médias se heurtent à une difficulté croissante à rendre compte des documents officiels. Une armada toujours plus grande de communicants veille au grain: ces équipes font en sorte que les informations soient canalisées et soigneusement préparées avant d’être accessibles. Ce qui ne doit pas être rendu public est mis sous clé.

Ce n’est pas la pratique partout, mais à de nombreux endroits. Il est évident que des indiscrétions se produisent dans un climat peu propice à la communication. Dans un système déviant, les indiscrétions servent de soupape de sécurité.

Certes, les indiscrétions ont également leur importance, par exemple lorsque les dysfonctionnements sont maintenus à l’abri des regards. Mais les indiscrétions ne sont pas que bonnes: elles sont mauvaises pour l’administration, car les ruptures de confiance empoisonnent le climat de travail. Et mauvaises pour les médias, quand ceux-ci se rendent dépendants de leurs informateurs et enfreignent la distance requise vis-à-vis de ceux qu’ils devraient surveiller.

Limiter les instances responsables peu scrupuleuses

Bien qu’elles ne soient pas particulièrement appréciées par le gouvernement et l’administration, les lois sur la transparence constitueraient pourtant un moyen durable de lutter contre les indiscrétions abusives. Appliquées correctement, les lois seraient bénéfiques à la fois pour l’administration et la population. Ces textes fournissent à l’administration l’espace nécessaire pour qu’elle accomplisse ses tâches. Elle peut prendre ses décisions à l’abri du regard du public, comme le prévoit la loi. Quant aux médias, ils ont un droit étendu à l’information grâce aux lois sur la transparence.

Si elles sont mises en œuvre avec souveraineté, les lois sur la transparence privent de manière peu spectaculaire ceux qui pensent pouvoir créer leurs propres règles de diffusion de l’information. Mais étant appliquées avec négligence par les autorités, elles n’ont pas l’importance qu’elles devraient avoir dans le quotidien informationnel en Suisse.

Qu’ont fait la politique et le gouvernement pour une bonne communication?

Alors que les politiques et le gouvernement s’attellent à gérer «l’affaire Berset», ils devraient plutôt faire leur autocritique et se demander ce qui a été fait ces dernières années pour que les canaux de communication institutionnalisés fonctionnent bien. À vrai dire, pas grand-chose.

Le gouvernement et l’administration ont régulièrement essayé de limiter les droits d’accès. Ainsi, le Conseil fédéral a coulé le projet de système de registre de documents pour des raisons bancales. La crainte était grande que le public ne découvre des documents dont il n’avait pas encore connaissance. Et ce n’est qu’un exemple.

Les politiques qui ont réclamé ces derniers jours une enquête politique sur les «Corona Leaks» devraient eux aussi faire preuve d’introspection. La loi sur la transparence est le moyen par lequel les journalistes peuvent exiger des informations de l’administration, arguent désormais certaines voix au Parlement. Toutefois, celles-ci faisaient encore récemment partie des opposants les plus véhéments à un principe de transparence simple et gratuit. Martin Stoll


Martin Stoll est le directeur de Loitransparence.ch

 


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