«La loi permet de découvrir des faits surprenants»

Lucien Fluri est convaincu de l’importance de la loi sur l’information au niveau local. (Photo: Florian Spring)

MAKING-OF Grâce à la loi sur la transparence, Lucien Fluri a réalisé des enquêtes pour la «Solothurner Zeitung», contraignant la politique à agir. Il évoque l’importance de cet instrument pour le journalisme local.

Registre de fauteurs de trouble, salaires des médecins et rémunérations dans les crèches: les sujets sur lesquels Lucien Fluri a enquêté montrent que le principe de transparence peut aussi avoir une portée au niveau local.

Lucien Fluri, comment avez-vous connu la loi sur la transparence ?

J’ai découvert la loi sur la transparence par un cours pendant ma formation de journaliste au centre des médias de Lucerne. Intrigué, j’ai eu envie d’appliquer cet outil pour un sujet. Je faisais alors des recherches sur une banque de données utilisée par la police soleuroise pour répertorier les personnes potentiellement dangereuses. Je voulais savoir combien de personnes y étaient fichées.

Cette première demande a-t-elle été couronnée de succès?

Cela n’a pas été facile d’obtenir les informations, pourtant soumises à la loi sur la transparence. La police cantonale a opposé beaucoup de résistance, refusant de fournir la statistique du registre. Je me suis donc tourné vers la préposée cantonale à la transparence qui a recommandé sa publication. Les données obtenues m’ont permis de montrer que plus de personnes étaient inscrites dans le registre que supposé – dont certaines qui ne présentaient probablement aucun danger.

Comment vous y prenez-vous lors d’une telle recherche? C’est l’idée de sujet qui vient d’abord ou est-ce la demande d’accès qui aboutit à un sujet?

L’idée de sujet vient en général en premier. Parfois je sais par d’anciennes recherches et d’autres canaux que des documents officiels existent sur un sujet en particulier. Une demande d’accès n’est pas toujours nécessaire, mais si un office refuse de me fournir un document, je fais appel à la loi.

De quelle enquête êtes-vous particulièrement fier?

Celle sur les salaires des médecins chefs soleurois a eu une portée importante. Il a valu la peine de ne pas baisser les bras.

Que s’est-il passé? 

Les hôpitaux du canton se sont ardemment opposés à une publication des salaires de leurs médecins. Leur argument était que les sociétés anonymes ne sont pas soumises au principe de transparence. Les SA appartiennent pourtant à 100% au canton. J’ai donc entamé une procédure de conciliation auprès de la préposée cantonale à la transparence qui s’est prononcée en faveur d’une publication. Il s’agit d’informations importantes dans le contexte des coûts croissants du système de santé. Cette enquête a eu de nombreux échos et des répercussions politiques: les hôpitaux ont, aussi pour d’autres raisons, adapté de leur propre gré le système salarial des médecins cadres.

La loi sur la transparence peut en fait aussi aider les localiers et localières dans leur travail quotidien.

Absolument. Cet outil offre d’innombrables possibilités à ces journalistes. Il en va de même pour la population. L’important est de disposer d’un organe de conciliation, d’autant plus à une échelle plus petite. Cette instance fournit des recommandations objectives et des conseils utiles aux personnes qui font une demande et à l’évolution de la loi. Les litiges se résolvent ainsi souvent rapidement et avec un minimum d’effort.

Comment l’application de la loi sur la transparence a-t-elle évolué dans le canton de Soleure?

Elle est de mieux en mieux mise en œuvre. Avec les années, l’administration a apprivoisé cet instrument. Cela fonctionne relativement bien au niveau cantonal. Je n’en dirais pas tant des communes.

Il y a donc un potentiel d’amélioration.

Etant plutôt rarement confrontées à la loi, les autorités communales la connaissent souvent mal et réagissent parfois de manière inadéquate. Mais je constate que le canton manque lui aussi d’une pratique bien établie dans certains cas. Personne n’a encore demandé accès à des courriels des autorités ou à des documents liés au soutien à l’agriculture. Il y aurait ici encore des brèches à ouvrir.

Vous avez quitté la scène régionale pour rejoindre le Palais fédéral en tant que correspondant parlementaire au sein de CH-Media. Vous êtes-vous lassé de la locale?

Non, au contraire. Le journalisme local me plaît énormément de par sa grande diversité. J’ai embrassé ce changement car il s’agissait d’une opportunité que je ne voulais pas rater. J’espère que le principe de transparence restera un outil utile que je pourrais activer régulièrement au niveau fédéral.

Interview: Julia Rippstein

 


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