Les millions investis par Vitek dans Crans-Montana

L’avenir des remontées mécaniques de Crans-Montana? L’investisseur Radovan Vitek prend la parole devant la population, le 6 décembre 2018. (Photo: Keystone/Maxime Schmid)

Par Julia Rippstein. Les transferts financiers du milliardaire tchèque Radovan Vitek pour racheter les remontées mécaniques de Crans-Montana intriguent des médias romands qui ont demandé des rapports sur les comptes de la société. Après un blocus net, les communes ont fini par obtempérer.

Selon Canal9 et Le Nouvelliste, qui ont déposé les demandes d’accès début octobre auprès des communes valaisannes de Crans-Montana, Lens et Icogne, les rapports contiendraient des indices d’infractions pénales survenues lors de la recapitalisation des remontées mécaniques par le puissant investisseur.

Le Matin Dimanche a aussi fait écho des soupçons de malversations, poussant d’autres médias à demander les documents. En 2016, les remontées mécaniques de Crans-Montana (CMA) ont été pratiquement entièrement rachetées par le milliardaire tchèque de 56 ans, Radovan Vitek: le promoteur immobilier possède désormais plus de 85% du capital-actions, les communes plus que 11%.

Sept jours après la demande de Canal9 et du Nouvelliste, les communes leur refusent l’accès aux rapports sur les comptes de la société CMA. Loin de s’avouer vaincus, les journalistes ont ouvert une procédure de conciliation. Entretemps, les deux médias valaisans ont été rejoints par le dominical, la RTS et Le Temps.

Tentant de se défendre lors de la séance de médiation fin novembre, les communes ont avancé qu’une publication des rapports pourrait menacer la finalisation d’un accord avec CMA. La convention est en cours de négociation, expliquait l’avocat des communes, Grégoire Varone, dans Le Nouvelliste. Autre argument: les documents demandés ne sont pas définitifs et servent d’outils de travail, selon les présidents des communes. Mais pour le préposé valaisan à la transparence, Sébastien Fanti, cette explication n’est pas valable.

Transmission assortie de réserves

Deux jours après la séance de conciliation, les communes proposent de livrer les rapports, en émettant toutefois deux réserves: la transmission n’intervient qu’en janvier et seulement si le procureur valaisan ne demande pas les documents. Celui-ci avait en effet ouvert une enquête préliminaire pour vérifier si la recapitalisation de CMA avait fait l’objet d’irrégularités. Le code de procédure pénal prévaut sur la loi cantonale sur la transparence, argumentent les communes.

Alors que les médias refusent la proposition, le procureur demande, le même jour, aux communes de lui transmettre les rapports. Criant au scandale, les journalistes dénoncent une démarche calculée: tout est fait pour éviter que les documents n’atterrissent dans les mains des médias et ne soient publiés. Jugeant la stratégie inacceptable, le préposé Sébastien Fanti écrit une recommandation dans laquelle ils exigent des communes qu’elles livrent les rapports dans les plus brefs délais.

La persévérance des journalistes aura payé: les communes ont récemment décidé de donner les documents. Ceux-ci sont en cours de préparation avant publication. Il a été convenu que Sébastien Fanti caviarde les passages délicats et certains noms.

Vitek vu en sauveur

Les remontées mécaniques de Crans-Montana traversent une crise depuis longtemps. Jusqu’en 2003, la société exploitante CMA appartenait principalement à six communes. Pour faire face à la concurrence des autres domaines skiables, celles-ci ont été amenées à investir toujours plus. En 2013, Radovan Vitek, promoteur immobilier milliardaire, débarque dans la station valaisanne, où il s’est établi, et la «sauve». Au début, il ne possède que 10% de la société, une part qui dépasse 85% aujourd’hui. Les restaurants et les parkings du village lui appartiennent aussi. L’homme d’affaires voit grand pour la région du Haut-Plateau: il prévoit l’ouverture d’une clinique et d’un nouveau complexe hôtelier de luxe.


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