Quand un conseiller fédéral voyage

Par Thomas Angeli. Les gens qui partent en voyage avec un conseiller fédéral ne le font pas à titre privé. Le public a donc le droit d’obtenir la liste des participants

 

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann : plus personne ne voyage incognito avec lui. (Photo RDB/Ex-Press/Lucian Hunziker)

Les missions économiques des conseillers fédéraux ont été jusqu’ici une affaire entourée d’un mystère franchement absurde. Parfois, même les journalistes qui accompagnaient de tels voyages ne devaient pas savoir qui étaient les participant(e)s des « Swiss business delegations » qui s’envolaient de par le monde dans le sillage du ministre de l’Economie.

 

En avril 2013, quand le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, est parti en voyage au Kazakhstan et en Azerbaïdjan, le « Beobachter » a demandé la liste au service de presse du Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR). Comme il se doit, la réponse a été négative. Et le DEFR a aussi rejeté la requête de consultation déposée par la suite. Motif : les participants n’ont pas tiré de ce voyage « des avantages économiques notables », de sorte que leur sphère privée reste prépondérante par rapport à l’intérêt public. Les représentants de l’économie ont certes noué des contacts, « mais ce genre de « sondages » est fort éloigné de véritables négociations de contrat et, à plus forte raison, de conclusions de contrats. D’ailleurs, il est plutôt rare que ça y conduise. »

 

Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) a considéré les choses autrement et donné entièrement raison au « Beobachter »en octobre. Dans sa recommandation, il écrit que la publication de la liste des participants permettait de «rendre transparente l’interdépendance de l’économie et de l’Administration». En outre, « il n’est pas à exclure que, par de tels voyages, des participants retirent des avantages économiques, ne serait-ce que par de premiers contacts. Après tout, le but de tels voyages est aussi de renforcer les relations économiques entre la Suisse et les pays visités. »

 

Le DEFR a désormais livré les listes des participants aux deux voyages. Elles montrent qu’avec sa supposition le PFPDT avait tout juste. Quelques mois après leur voyage dans ces deux Etats qui ne passent pas pour des havres des droits de l’homme, au moins deux participants ont pu conclure des contrats. Stadler Rail, représenté par l’ancien conseiller national Peter Spuhler, pourra livrer en Azerbaïdjan des wagons-restaurants et des wagons-lits pour 120 millions de francs. Et l’argovien Trüb AG, pour sa part, a annoncé un gros mandat azerbaïdjanais pour des cartes d’identité électroniques.

 


 

Thomas Angeli est journaliste au « Beobachter ». La liste des participants se trouve ici.