Les fonctionnaires genevois ont-ils fait campagne pour leur cheffe?
Des courriels relatifs à la campagne de l’ancienne conseillère d’Etat genevoise Fabienne Fischer soulèvent des questions. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)Par Eva Hirschi. Un député genevois a demandé, en vertu de la loi sur la transparence, des courriels au service de communication de l’ancienne conseillère d’Etat Fabienne Fischer. Il lui reproche d’avoir abusé de l’argent de l’Etat.
Un classeur fédéral de près de 300 pages est à l’origine de l’affaire; il contient des courriels et des extraits d’agendas de deux fonctionnaires que le canton de Genève a dû livrer début août. Il répondait ainsi à une demande du député MCG Daniel Sormanni basée sur la loi sur l’information et déposée quatre mois plus tôt, rapporte la chaîne de télévision régionale «Léman Bleu».
L’élu soupçonne que des porte-parole de la conseillère d’Etat verte Fabienne Fischer ont utilisé leur temps de travail pour travailler pour le compte de sa campagne électorale. Le hic: si des collaborateurs personnels sont engagés selon un contrat de droit privé, les responsables de la communication sont des employés de l’Etat qui doivent servir leur département et non les intérêts personnels de la cheffe dudit département.
En demandant à consulter la correspondance des personnes concernées, Daniel Sormanni voulait savoir si Fabienne Fischer avait fait campagne aux frais de l’Etat au lieu de son parti.
Slogans et messages politiques
Les documents désormais publiés et en partie caviardés montrent une activité de communication offensive des deux personnes engagées. Les documents font apparaître des remarques au sujet de slogans, de messages politiques, d’apparitions publiques, d’activités sur les réseaux sociaux et de nombreuses interviews.
Pour Daniel Sormanni, il n’y a pas de doute, on parle bien de campagne électorale. Fabienne Fischer, qui n’a pas été réélue en avril, conteste. Par le biais de son avocat, l’ancien conseiller aux Etats Robert Cramer, elle indique qu’il s’agissait de tâches habituelles des employés du département en fin de législature.
À Genève se pose désormais la question de savoir où placer le curseur. En effet, le canton ne dispose pas de règlement concernant le cahier des charges des porte-parole.
Des documents manquants
Mais Daniel Sormanni n’a pas encore reçu tous les documents demandés. Ceux de la troisième personne engagée au sein du service de communication manquent. L’ancienne chargée de mission de Fabienne Fischer avait à la base donné son accord par écrit à la publication des courriels et de l’agenda, à condition que le procureur ne s’y oppose pas. Or, malgré le feu vert de celui-ci, la fonctionnaire fait maintenant recours contre la transmission des documents, comme en fait écho «Léman Bleu».
Le préposé cantonal à la transparence, Stéphane Werly, pointe du doigt cette démarche. Dans sa recommandation, il écrit que le département de l’économie doit «se conformer aux engagements pris lors de la rencontre de médiation et donner accès aux documents sollicités.»
Son compagnon également impliqué
Il semble que ce ne soit pas tout: d’autres enquêtes menées par «Léman Bleu» et «Le Temps» montrent encore que Fabienne Fischer, lorsqu’elle était conseillère d’Etat, a attribué des mandats à deux associations au sein desquelles son compagnon était impliqué.A l’époque député, il avait certes quitté ses fonctions politiques après l’élection de sa compagne Fabienne Fischer au gouvernement et démissionné de ces associations, mais il en était toujours proche, comme le montrent les articles publiés sur son blog. Fait piquant: le département de Fabienne Fischer avait déconseillé l’attribution de ces mandats. L’élue n’en a pas tenu compte. En tout, 283’000 francs de fonds publics ont été dépensés pour des rapports et des analyses sur décision de Fabienne Fischer – c’est ce que montrent les documents que les médias ont obtenus par le biais de la loi sur la transparence.
Bataille juridique en cours
Le procureur est depuis également impliqué. Daniel Sormanni ayant entendu dire que de nombreux courriels avaient été supprimés au sein du département de l’économie depuis sa demande d’accès, il a déposé une plainte pénale le 24 avril pour gestion déloyale. La procédure est en cours. Le ministère public doit maintenant vérifier si des éléments constitutifs d’une infraction sont réunis.




















