L’État ne gagne rien à agir dans l’ombre, au contraire
La population veut prendre part aux discussions qui la concerne: ici lors de l’assemblée communale à Steckborn (TG) en 2024 qui traitait de questions sur la migration. (Photo: Gian Ehrenzeller/Keystone)COMMENTAIRE Lorsque les autorités ne communiquent pas de manière transparente ou compliquent la participation démocratique, la pression des médias, de la politique et de la population augmente. De récentes affaires en Suisse alémanique l’illustrent de manière exemplaire.
Quand les autorités agissent à l’abri des regards, la pression de l’opinion publique augmente. Cette pression ne vient pas que des médias, mais aussi des citoyennes et citoyens. La population veut savoir ce qui se passe, elle veut pouvoir comprendre pourquoi certaines décisions sont prises et elle veut avoir voix au chapitre. C’est la base de notre démocratie.
À Frauenfeld, en Thurgovie, la population exerce son droit démocratique. Quatre partis ont lancé l’initiative «Plus de démocratie dans les établissements scolaires» («Mehr Demokratie in der Schulgemeinde»). Parce qu’il manque une assemblée scolaire, ils réclament des mesures pour que les autorités soient contraintes de répondre aux questions de la population. Pour les initiants, les responsables ne peuvent pas se contenter d’y répondre quand bon leur semble: leurs réponses doivent être rendues publiques. C’est une question de participation et de transparence.
Que se passe-t-il lorsque les règles élémentaires de communication sont enfreintes? Le scandale qui secoue la police municipale d’Uster (ZH) le montre bien. À l’échelle locale, informer la population de manière évasive ou tardive peut rapidement se retourner contre les personnes qui la pratiquent: retenir des informations sape la confiance, alimente les spéculations et accroît la pression politique. À Uster, des démissions ont été réclamées publiquement et une enquête parlementaire a été exigée.
Comprendre ce qu’il y a derrière les décisions politiques
Le journalisme et les mouvements démocratiques ont un point commun: ils exigent de pouvoir comprendre l’action de l’État. Quelles informations sous-tendent une décision? Qui a influencé cette décision? Avec quels arguments?
Mais il existe une différence cruciale. Les journalistes ne défendent pas une cause politique, elles et ils se soumettent à des règles professionnelles: en vérifiant les informations, en les mettant en contexte et en donnant la parole à toutes les personnes concernées dans un souci d’équité.
La transparence n’est pas synonyme de perte de contrôle
Certaines administrations craignent néanmoins que la transparence ne génère une surmédiatisation. Parce que certains documents pourraient être sortis de leur contexte. Un chiffre qui circule sur les réseaux sociaux peut suffire à déclencher une tempête médiatique. Ce risque existe bel et bien.
Mais, face à ce risque, la solution ne doit pas être celle d’affaiblir la transparence. Car la manière dont l’État communique influence le ton du débat public. Elle se répercute sur l’opinion publique, en particulier en période de crise. La transparence ne doit donc pas être synonyme de perte de contrôle, au contraire. Elle doit être vue comme un atout pour la relation entre l’État et la population, surtout en temps de crise. Martin Stoll
Martin Stoll est directeur de Loitransparence.ch




















