Le jeu de cache-cache de l’administration
«Une administration devenue, au fil des ans, inaccessible pour les journalistes»: des classeurs fédéraux de l’administration à Berne. (Photo: Gaetan Bally/Keystone)COMMENTAIRE L’administration fédérale se cache de plus en plus derrière des services de presse et des adresses anonymes – au détriment du public et des médias.
Le dernier «Annuaire fédéral» est paru le 4 janvier 2022. Il s’agissait d’un livre de 1199 pages dans lequel figuraient des milliers d’employé·es de l’administration fédérale, avec leurs fonctions, leurs domaines d’activité et leurs numéros de téléphone. Depuis, une version en ligne fortement réduite sert de substitut.
C’est ainsi qu’au fil des ans, l’administration est devenue inaccessible, même pour les journalistes. On ne connaît plus les structures détaillées, le contact est canalisé. Celui-ci passe par les services de presse pour les médias et par des adresses générales anonymes pour la population. Les entretiens avec des experts sont rares et difficiles à obtenir. Bref, il y a désormais un mur entre l’administration et le public.
Cela a des conséquences directes sur l’application du principe de transparence. Bien sûr, les demandes d’accès sont à formuler avec précision de manière à obtenir des documents clairement définis. Mais pour délimiter un sujet, des discussions avec des expert·es sont nécessaires. Pour ce faire, il devrait être facile d’entrer en contact avec les spécialistes de l’administration. Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
L’administration se plaint de la charge croissante liée aux demandes d’accès, car les documents demandés seraient toujours plus nombreux et volumineux. Pourtant, une partie du travail pourrait être évitée si l’administration cherchait rapidement le dialogue avec les personnes mandantes, comme le recommande notre guide de bonnes pratiques.
Des exemples comme les dossiers Frontex, où l’administration a activement cherché le dialogue, sont rares. On constate la tendance inverse: l’administration devient de plus en plus impersonnelle. Celle-ci argumente qu’elle doit protéger ses collaboratrices et collaborateurs contre les atteintes à la personnalité dans un climat social délétère. D’où le fait qu’il n’y a plus d’«annuaire fédéral» et que l’Office fédéral de la justice caviarde systématiquement les noms des employé·es de rang inférieur dans les documents transmis. Si cela suscite des critiques au sein d’un groupe de travail interne, rien n’a changé dans la pratique.
Le principe de transparence a été créé pour faciliter les relations entre l’administration et la société. En se cachant de plus en plus, les autorités réduisent ce but à néant. Il faut une administration visible, qui assume son rôle vis-à-vis du public et partage son savoir. Une administration qui a un visage – pas une administration qui se renferme à la moindre critique. Martin Stoll
Martin Stoll est le directeur de Loitransparence.ch




















